Gaspard de la Nuit - Compléments.

                              LE GIBET.



                                Que vois-je remuer autour de ce gibet?
                                        FAUST.

        Ah! ce que j'entends, serait-ce la bise nocturne qui glapit, ou
le pendu qui pousse un soupir sur la fourche patibulaire?

        Serait-ce quelque grillon qui chante tapi dans la mousse et le
lierre stérile dont par pitié se chausse le bois?

        Serait-ce quelque mouche en chasse sonnant du cor autour de ces
oreilles sourdes à la fanfare des hallalis?

        Serait-ce quelque escarbot qui cueille en son vol inégal un
cheveu sanglant à son crâne chauve?

        Ou bien serait-ce quelque araignée qui brode une demi-aune de
mousseline pour cravate à ce col étranglé?

        C'est la cloche qui tinte aux murs d'une ville, sous l'horizon,
et la carcasse d'un pendu que rougit le soleil couchant.

                               SCARBO.



                                        Il regarda sous le lit, dans la
                                cheminée, dans le bahut; - personne. Il
                                ne put comprendre par où il s'était
                                introduit, par où il s'était évadé.
                                        HOFFMANN. - Contes nocturnes.


        Oh! que de fois je l'ai entendu et vu, Scarbo, lorsqu'à minuit
la lune brille dans le ciel comme un écu d'argent sur une bannière
d'azur semée d'abeilles d'or!

        Que de fois j'ai entendu bourdonner son rire dans l'ombre de
mon alcôve, et grincer son ongle sur la soie des courtines de mon lit!

        Que de fois je l'ai vu descendre du plancher, pirouetter sur un
pied et rouler par la chambre comme le fuseau tombé de la quenouille
d'une sorcière.

        Le croyais-je alors évanoui? le nain grandissait entre la lune
et moi, comme le clocher d'une cathédrale gothique, un grelot d'or en
branle à son bonnet pointu!

        Mais bientôt son corps bleuissait, diaphane comme la cire d'une
bougie, son visage blémissait comme la cire d'un lumignon, - et soudain
il s'éteignait.



                                 FIN.


WAKAMATSU Kunimitsu